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L'ACCOMPLISSEMENT DU BUT DE LA VIE


L'ACCOMPLISSEMENT DU BUT DE LA VIE
Le But de la Vie
Chapitre 13
Pir-o-Murshid Hazrat Inayat Khan

Le but de la vie consiste, en bref, ? ce que l'?tre Unique Se rende Son unicit? intelligible ? Lui-M?me. Il passe ? travers diff?rents plans d'?volution o? Il aboutit ? des changements divers afin de Se rendre claire ? Lui-M?me Son unicit?. Et tant que ce but n'est pas accompli, l'?tre Seul et Unique n'est pas arriv? ? la satisfaction ultime en
laquelle r?side Sa perfection divine.

L'on peut comprendre cela par un petit exemple. Un djinn voulait se distraire, et quand il s'y mit, il se donna un probl?me ? r?soudre, car le djinn ?tait puissant, et il se dit: "Sois un rocher!". Ainsi le djinn se changea en rocher, et en devenant rocher, il commen?a ? se sentir
seul, abandonn? qu'il ?tait dans le d?sert, ayant perdu l'action, perdu le mouvement, manquant de libert? et manquant d'exp?rience. C'?tait une terrible captivit? pour le djinn. Pendant des ann?es ce djinn dut prendre patience pour se changer en quelque chose d'autre. Cela ne veut pas dire qu'? travers le rocher il n'?prouvait pas la vie, car m?me le roc est vivant, m?me le roc vibre, change. Pourtant un roc est un roc,
un roc n'est pas un djinn.

C'est en passant par la patience de milliers d'ann?es que le rocher commen?a ? s'effriter et ? s'effondrer en formant de la terre. Et quand, hors de cette terre, le djinn sortit comme une plante, il se r?jouit d'avoir pouss? en tant qu'arbre. Le djinn ?tait tellement content de constater: "D'un roc, j'ai pu devenir une plante, j'ai pu b?n?ficier plus pleinement de l'air, j'ai pu danser dans le vent qui souffle!" Il souriait au soleil et se baignait joyeusement dans la pluie. Il ?tait content de porter des fruits, de porter des fleurs, mais en m?me
temps son d?sir inn? n'?tait pas satisfait. Cela le gardait dans l'esp?rance de s'?chapper un jour de cette captivit? qui l'enracinait ? un certain endroit et de cette limitation de mouvement. Pendant un tr?s, tr?s, tr?s
long temps, le djinn attendit de sortir de cette limitation. C'?tait mieux, mais ce n'?tait pas l'exp?rience que le djinn d?sirait. Cependant, apr?s un certain temps, le fruit qu'il portait se g?ta et une partie de lui se changea en un petit ver. Le djinn ?tait encore plus content de sentir: "Je peux me bouger; maintenant je ne suis pas
enracin? ? un seul endroit de telle sorte que je ne puisse pas bouger". Mais comme le vers respirait et se trouvait expos? au soleil, ce ver eut des ailes et commen?a ? voler. Le djinn fut encore bien plus content
de voir: "J'ai commenc? ? voler".

D'une exp?rience ? une autre, il vola dans l'air et fit l'exp?rience de la vie d'un oiseau. Il se posa alors sur les arbres et marcha sur la terre, et ? mesure qu'il faisait davantage l'exp?rience de la vie sur la terre, il devint un oiseau pesant; il ne pouvait plus voler, il
marchait. Cette pesanteur le rendit plus grossier et il se changea en animal. Il ?tait des plus heureux, car alors, puisqu'il n'?tait plus un oiseau, il pouvait s'opposer ? tous les autres animaux qui voulaient tuer les oiseaux.

Par un processus de changement graduel le djinn parvint ? devenir un ?tre humain. Et une fois devenu ?tre humain, le djinn regarda autour de lui et pensa: "Voici quelque chose que j'?tais destin? ? ?tre, parce que maintenant, en tant que djinn, je peux voir tous ces corps diff?rents que j'ai pris pour devenir plus libre, pour devenir plus perceptif, plus sensible, afin de conna?tre les choses, afin de jouir des choses. Il ne pourrait pas y avoir de v?hicule plus appropri? que celui-ci". Et pourtant il pensa: "M?me cela n'est pas un v?hicule appropri?, parce que quand je veux voler, je n'ai pas d'ailes, et j'ai aussi envie de voler. Je marche sur la terre, mais je n'ai pas la force du lion. Et maintenant je sens que j'appartiens aux Cieux, et o? Ils se trouvent, je ne le sais pas".

Cela fit que le djinn chercha ce qui manquait, et il trouva ? la fin: "J'?tais - se dit-il - un djinn aussi dans le roc, dans la plante, dans l'oiseau, dans l'animal, mais j'?tais captif et mes yeux ?taient voil?s ? mon propre ?tre C'est en devenant homme que maintenant je commence ? penser que j'?tais un djinn. Et pourtant j'ai trouv? dans cette vie d'homme aussi une grande limitation; je n'ai pas cette libert? d'expansion, cette libert? de mouvement, cette vie dont on peut d?pendre, cette connaissance qui est r?alit?". Alors cette pens?e
m?me l'amena ? son domaine v?ritable qui ?tait la vie de djinn, et il y arriva avec l'air d'un conqu?rant, avec la grandeur d'un souverain, avec la splendeur d'un roi, avec l'honneur d'un empereur, comprenant: "Apr?s
tout, j'en ai eu le b?n?fice, j'ai exp?riment?, bien que j'aie souffert, et j'ai connu ce que c'est que d'?tre, et je suis devenu ce que je suis".

Il y a une autre histoire qui peut aussi expliquer le myst?re du but de la vie. Une f?e avait un grand d?sir de se distraire et elle descendit sur la terre. L?, des enfants avaient construit un petit labyrinthe pour les poup?es. Elle voulut entrer dans ce labyrinthe pour poup?es, mais il ?tait difficile pour elle de p?n?trer dans l'espace o? seule une poup?e pouvait aller. "H? bien - dit-elle - je ferai autre chose. J'entrerai par un de mes doigts d'un c?t? du labyrinthe, par un autre doigt d'un
autre c?t? et par chacune de mes parties par des endroits diff?rents. Elle se s?para en divers morceaux et chacun de ses morceaux alla en diff?rents endroits du labyrinthe. Quand une partie de son ?tre en
rencontrait une autre, elles se frottaient mutuellement, et c'?tait tr?s d?sagr?able. Puis il y eut une lutte entre ses divers morceaux: "Pourquoi viens-tu dans mon chemin? C'?tait mon chemin, pourquoi viens-tu dans mon chemin?" Chaque partie de son ?tre trouvait son
int?r?t ? quelque chose dans un endroit quelconque du labyrinthe. Cependant ce moment d'int?r?t passa et une certaine partie de son ?tre voulut sortir du labyrinthe. Mais alors il y avait les autres parties de son ?tre qui s'int?ressaient ? cette partie, et qui la retenaient:
"Reste ici, tu ne peux pas sortir". Quelques parties de son ?tre voulaient la pousser dehors, elles ne voulaient pas la voir l?. Cependant il n'y avait pas moyen de l'expulser. Ainsi se produisit-il partout une sorte de chaos, une partie ne sachant pas que l'autre partie
appartenait ? la m?me f?e, et cependant une partie ?tant inconsciemment attir?e vers l'autre partie, parce qu'elles ?taient les parts diff?rentes du m?me corps.

A la fin, le c?ur de la f?e voyagea aussi. Le c?ur calma chaque autre partie, disant: "Tu es venue de moi, je veux te consoler, je veux te servir. Si tu es malheureuse, je souhaite t'enlever ton trouble. Si tu as besoin d'un service, je souhaite te le rendre. S'il te manque quelque chose, je souhaite te l'apporter. Je sais combien tu es perturb?e dans ce labyrinthe". Mais quelques-unes dirent: "Nous ne sommes nullement
perturb?es, nous nous amusons. Si nous sommes perturb?es, c'est parce que nous d?sirons rester ici. Celles qui sont perturb?es ce sont les autres, pas nous". Le c?ur dit: "Oui, je vous regarderai et je me r?jouirai aussi. Celles qui sont malheureuses, j'aurai de la
sympathie pour elles; celles qui se r?jouissent, je serai heureux de me r?jouir avec elles". Telle ?tait la partie de la f?e qui ?tait consciente de ses atomes partout dispers?s. Mais les atomes en ?taient ? peine conscients,
bien que, appartenant au m?me corps, ils fussent attir?s par le c?ur, le sachant ou ne le sachant pas, consciemment ou inconsciemment. Tel ?tait le pouvoir de ce c?ur. C'?tait tout ? fait comme le pouvoir du soleil
qui change la fleur r?ceptive en h?liotrope, en soleil. Ainsi le pouvoir du c?ur de la f?e changeait-il chaque partie de son ?tre qui ?tait r?ceptive en un c?ur, et comme le c?ur ?tait lui-m?me la lumi?re et la vie, le labyrinthe ne pouvait pas plus longtemps retenir le c?ur. Le c?ur faisait l'exp?rience de la joie du labyrinthe, mais pouvait en m?me temps s'envoler. Le c?ur se r?jouissait de voir tous les atomes appartenant ? son corps, et il ?uvrait ? travers eux tous, ? travers
chaque partie de ses organes, transformant ainsi avec le temps chaque partie de ses organes en un c?ur - et en cela r?sidait l'accomplissement de ce ph?nom?ne.

La v?rit? est simple, mais pour la raison m?me qu'elle est simple, les ?tres ne l'accepteront pas; parce que notre vie sur la terre est telle que pour avoir chaque chose ? laquelle nous donnons de la valeur, nous
devons payer le prix fort; et l'on pense que si la v?rit? ?tait la chose la plus pr?cieuse de toutes, alors comment la v?rit? pourrait-elle ?tre atteinte simplement? C'est cette illusion qui fait que chacun nie la
simple v?rit? et cherche la complexit?. Dites aux gens quelque chose qui leur tourbillonne dans la t?te et tourne et tourne encore, et m?me s'ils ne la comprennent pas, ils sont ravis de penser: "C'est quelque chose de s?rieux, c'est quelque chose de solide, car c'est une id?e que nous ne pouvons comprendre; cela doit ?tre quelque chose d'?lev?". Mais une chose que conna?t chaque ?me, prouvant le divin dans chaque ?me, qu'elle ne peut s'emp?cher de conna?tre, cela appara?t trop bon march?, car l'?me le conna?t d?j?.

Il y a deux choses: savoir et ?tre. Il est facile de savoir la v?rit?, mais tr?s difficile d'?tre la v?rit?. Ce n'est pas en sachant la v?rit? que le but de la vie est accompli. Le but de la vie est accompli en ?tant la v?rit?.

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